
Le crucifié
La divine destinée humaine

cerisier, chêne du XVIII° s., sapin, acier, grès, or 24 ct
100x100x180 cm - 2025-2026
Même sans visage, on le reconnaît.
Christ ou Prométhée, il ne dit mot, et pourtant nous parle.
Son corps éventré évoque la souffrance, mais aussi la rédemption. Le temps ne semble avoir aucune prise sur lui. Au contraire, il est suspendu à lui, dans un éternel présent.
Nous faisant face à hauteur d'enfant, sa proximité surprend. Contre toute attente, il paraît encore bien vivant sous son apparence fossile.
Le cerisier qui a donné ce bois, le "survivant" comme l'appelaient les gens d'ici, a beaucoup vécu et enduré avant d’être abattu sans raison apparente.
Mais le voilà relevé, enluminé.
N'est-ce pas le sens de notre périple sur terre ?
La place du hasard
Cette œuvre a été créée pour la 27e édition des Chemins d'art sacré organisée en Alsace en 2025 et placée sous le thème de : « Naître et renaître, témoigner de l'espérance ».
Deux mois avant son installation, je n'avais encore aucune idée de ce que serait la dix-neuvième et dernière pièce de mon exposition à l'église Saint-Georges de Haguenau.
C'est par hasard que le bois du crucifié s'est trouvé entre mes mains, la semaine après Pâques, alors que je cherchais autre chose et que je n'y avais jamais vu la figure du crucifié auparavant. La suite a été limpide.
Minutieuse élaboration
La dalle de grès incrustée de végétaux fossilisés (250 millions d'années) se mariait à merveille avec le crucifié. Elle lui offrait sa mandorle.
Je voyais le crucifié flotter devant elle. Ceci a nécessité un minutieux travail de façonnage.
J'ai d'abord pensé accrocher l'œuvre au mur, avant de me raviser. Il fallait pouvoir tourner autour et voir l'œuvre sous un angle de trois quarts arrière. C'est ce qu'a permis la poutre de chêne, croix primitive, insérée sur la pierre d'angle d'une ruine et ajustée sur du sable. Ce socle de grès a été retravaillé depuis lors.

Façonnage du support
Le façonnage est exécuté dans l'esprit des maîtres japonais, en cultivant l'intention, et en limitant autant que possible le recours aux machines pour préserver les qualités intrinsèques et sacrées de la matière...

2026 - Reprise du socle
Je m'étais initialement contenté d'ébaucher un motif labyrinthe sur la face cachée de la feuillure qui accueillait la poutre. Après l'exposition, j'ai ressenti le besoin d'y ajouter une clé en son centre : le teith.
Neuvième lettre de l'alphabet hébreu, le teith symbolise, selon Annick de Souzenelle, la perfection du créé, « la lumière de l'accompli ayant intégré toutes les ténèbres » : le parfait achèvement de l'humanité, en somme, après sa purification par transmutations successives. Le labyrinthe représente quant à lui le défi de l'incarnation, la nécessaire maturation de toute vie humaine.























